Film très réussi et superbement interprété, The Fighter frappe d'abord par son langage cinématographique cru. Caméra à l'épaule, images grises, personnages en gros plans. En fait, cette histoire vraie d'un boxeur de grand talent, Dick Ecklund, qui gâche sa carrière en ressassant sans cesse ses exploits passés (son fameux combat contre Sugar Ray Leonard) et en se consolant d’un présent peu reluisant à travers le crack est au départ filmée comme un documentaire. En effet, Dick Ecklund, pensant que la chaîne HBO tourne un film sur son grand retour, se livre sans censure à une caméra à peine hypocrite - le réalisateur lui dit à plusieurs reprises qu'il tourne un film sur sa dépendance et sa longue déchéance.
Méchant numéro, Eklund est devenu entraîneur de son petit frère, boxeur à son tour mais plus tranquille sur le plan émotif. La relation entre les deux frères est très intéressante. En effet, Mike Ward, interprété par Mark Wahlberg, continue d'admirer son frère, pourtant si visiblement à côté de la plaque. Ecklund, de son côté, semble vivre la carrière de son frère comme si c'était la sienne. Il se voit à travers lui et s'approprie en quelque sorte son succès. Car le frère s'améliore et devient un boxeur remarqué, qui a droit à de grands combats (par exemple, la trilogie de combats contre Arturo Gatti).
Christian Bale, qui personnifie Ecklund, mérite les plus grands honneurs. Au départ carrément repoussant, voire épeurant, 'nerré' et au langage incompréhensible, aux dents jaunes et au corps maigre, il se transforme physiquement à mesure qu'il se recentre psychologiquement. Impressionnant.
Un grand intérêt de ce film réside également dans la galerie de personnages féminins hauts en couleur qui entoure les deux hommes. Leur mère, interprétée par Melissa Leo (oscar de la meilleure actrice de soutien), est totalement hallucinante. Elle règne sur son royaume (9 enfants, un mari, un ex) en dictatrice, manipulant les uns, fermant les yeux devant les travers des autres, mais protégeant son clan devant l'ennemi. Les sept soeurs et leur mère offrent les meilleures scènes du film, étant toutes pour le moins particulières, dans leur comportement comme dans leur allure. On ne voudrait pas être à la place de Charlene (Amy Adams, très bonne), la blonde de Mike, considérée comme une intruse totale, qui ose les contredire et les remettre en question... Quoi qu'elle ne semble pas trop s'en laisser imposer.
En fait, dans cette ville déprimante et pauvre de Lowell, au Massachussets, les caractères sont forgés à la dure, tant chez les femmes que chez les hommes. Et quand l'un d'eux réussit, il devient objet de tant de fierté que cela est difficile à supporter et à assumer, pour lui et son entourage. Ici, il faut souligner que jamais le scénariste ou le réalisateur ne porte de jugement sur les personnages, qui sont peints de façon authentique et respectueuse.
The Fighter n'est pas Raging Bull, mais c'est un film qui reste en tête, que l'on aime la boxe ou pas, et qui bouleverse par ses accents de vérité, nous en disant beaucoup sur la nature humaine.
Et chapeau à celui qui a eu l'idée de mettre des images des deux vrais frères durant le générique, car ainsi on peut encore plus admirer le travail de Christian Bale, qui ressemble à s'y méprendre, dans les tics et attitudes, au véritable Ecklund.
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