lundi 9 mai 2011

Falardeau et La Vérité, deux films québécois très réussis

Bien que n'y ayant pas appris grand-chose du point de vue de son cinéma, j'ai beaucoup apprécié le film Pierre Falardeau, de Carmen Garcia et German Gutierrez. Et laissez-moi vous dire qu'en ces temps de grisaille péquiste (le mot est faible), il doit bien se retourner dans sa tombe, le pauvre. Son message n'en est évidemment que plus poignant, surtout pour ceux qui ont un jour cru à la possibilité que le Québec devienne un pays.

Le film retrace évidemment la carrière de Falardeau à travers de nombreuses images d'archive, mais surtout à travers la parole de ceux avec qui il a travaillé, comme la productrice Bernadette Payeur et son grand ami Francis Simard. Francis Simard, ancien du membre du FLQ, est celui qui a raconté son histoire à Falardeau lorsqu'il était emprisonné. Ces nombreuses rencontres en prison sont d’ailleurs à l’origine des scénarios de ses deux meilleurs films: Le Party et Octobre. On nous présente beaucoup d'extraits de ces films et d'autres, tout en nous expliquant dans quel contexte ils ont été produits. C'est ainsi que des films comme Pea Soup ou Le temps des bouffons, déjà cultes, prennent une dimension encore plus impressionnante.

Nous prenons surtout conscience, dans ce film, du caractère profondément touchant de Falardeau. Sa blonde de toujours le décrit comme un homme athlétique, adorant la marche en nature. Un homme très drôle aussi, autour de qui il faisait bon vivre... Elle raconte qu'il jouait un rôle devant les médias car il croyait, à tort ou à raison, que c'est la provocation qui le servirait le mieux et qui lui permettrait de faire passer son message. Car ses convictions, il y était attaché, sans l'ombre d'un doute. Nous découvrons en fait un homme sensible, à la larme facile, très attaché à ses enfants et très fidèle en amour et en amitié. Toutefois, jamais les cinéastes ne sont complaisants envers leur objet cinématographique. Par exemple, ils dévoilent des aspects assez manichéens de sa personnalité, mais ils tentent également de démontrer que la critique et le gouvernement ont rarement été tendres avec lui. Crache en l'air, tombe sur le nez, vous me direz...

Pour moi, la grande qualité de ce film est qu'au lieu de nous faire le portrait du polémiste, les cinéastes nous font le portrait de l'homme. La nuance est importante, même si souvent l'homme et le polémiste se rejoignent. En fait, pour notre plus grand bonheur (nous, ses fans), Falardeau s'avère être un personnage beaucoup plus complexe que l'image qu'il nous donnait de lui-même. Un homme qui a fait du très bon et du moins bien, mais qui a toujours eu le courage de nous 'pitcher' en pleine gueule toutes ses contradictions... qui nous renvoyaient immanquablement à nos propres questionnements, en tant qu'individu, mais surtout en tant que peuple.

Un film qui m'a beaucoup émue. Mais il faut dire que j'étais déjà pas mal vendue, étant même allée à ses funérailles...

Un autre film québécois que j'ai adoré et qui à ma connaissance a été assez peu médiatisé est La Vérité, de Marc Bisaillon. Un film poignant qui propose un dilemme éthique très intéressant.
Dans ce deuxième film de sa tétralogie sur la culpabilité (le premier, la Lâcheté, était selon moi pas mal moins abouti que celui-ci), deux adolescents, Gabriel et Yves, de très bons amis, seront forcés de faire face à leur destin. Un soir d'hiver où ils décident de se faire un 'trip' comme tous les ados de leur âge, cela tourne mal. Ils sont victimes d'un manque de chance hallucinant et posent un geste, de façon accidentelle, susceptible de gâcher leur vie à jamais.

Au départ très proche de sa mère (Geneviève Rioux) policière, Gabriel, rongé par le remords car très sensible, s'éloigne d'elle et agit bizarrement. De son côté, Yves fuit son ami et déménage chez sa mère dans une autre ville. En fait, devant le tragique de l'événement qu'ils ont causé, les deux jeunes hommes réagissent de façon très différente. On sent bien qu'Yves pourrait facilement continuer à vivre sa vie comme si de rien n'était. Il en est tout autrement pour Gabriel.

Inspiré d'un fait vécu, le film La Vérité force le spectateur à réfléchir à sa propre façon d'envisager une problématique semblable. Que ferions-nous à leur place? Et à la place de la mère? Si c'était mon fils, l'empêcherais-je de se rendre à la police, sachant très bien que cette dénonciation hypothèquerait sa vie entière? Est-ce vraiment la bonne chose à faire que de se dénoncer?

Le film est d'autant plus touchant qu'il est tourné de façon crue, sans effets de style inutiles. Dans une atmosphère bleutée et hivernale, les personnages tentent de survivre à leur gaffe, conscients qu'ils sont que jamais leur vie ne sera la même, et que cette fameuse soirée aura marqué au fer rouge leur courte existence.

La Vérité est un film profond, humain, dont le sujet choque et provoque une réflexion pouvant mener à des discussions épidermiques...

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire