Alain Resnais, qui a aujourd'hui atteint l'âge vénérable de 88 ans, semble, dans ce film, revenir à ses toutes premières amours. En effet, en regardant ce film complètement déjanté, on se croirait presque devant L'année dernière à Marienbad, film phare de la Nouvelle Vague dans lequel Resnais tentait d'adapter au cinéma un auteur incompréhensible, Alain Robbe-Grillet, qui signait le scénario. C'était un film très poétique, mais le scénario ne donnait pas beaucoup d'indices, disons...
Dans le cas présent, non seulement on n'y comprend rien, mais l'aspect poétique semble avoir été moins important pour le cinéaste. Par contre, on peut s'amuser à repérer les nombreuses référence au cinéma des années 40, 50 et 60, ainsi qu'à Wong Kar-Waï, sur le plan visuel.
En fait, il ne faut pas tenter de comprendre. Si l'on aime les films les plus expérimentaux de la Nouvelle Vague (Godard), on sera amusé devant ce film, on sourira devant les codes du cinéma qu'il s'amuse à déconstruire, mais 40-50 ans plus tard, on pourrait se demander quel est l'intérêt de refaire des jump cuts, et de monter le son ambiant pour qu'on n'entende pas les dialogues - manie qu'avait aussi Godard.
Pour raconter le minimum d'histoire compréhensible, il s'agit d'un homme (André Dussolier - à sa place) qui trouve un portefeuille par terre. Il contacte la femme à qui il appartient et développe pour elle une étrange fascination - sans aucune raison. Sa femme, qui réagit de façon contraire au bon sens, semble elle aussi prise de désir pour cette folle totale.
Complètement surréaliste, rien n'a de sens dans ce scénario. D'abord, pour nous confondre encore plus, aucun des personnages n'a un comportement normal, et aucune psychologie n'est élaborée autour d'eux. Leurs actions sont donc, pour nous, totalement irréfléchies et aberrantes, incongrues, incompréhensibles. On ne sait rien de leur passé, on ne comprend pas leur présent, et le problème est qu'on se fout un peu de leur futur. Car le processus d'identification, si important au cinéma, est ici impossible.
De plus, les liens qui unissent les personnages sont invraisemblables. Le couple formé d'Anne Consigny et d'André Dussolier est totalement improbable, lui carrément louche, elle à côté de la traque. Le personnage de Sabine Azéma, complètement lunatique, serait dentiste(!) et sa meilleure amie, jouée par Emmanuelle Devos, ne semble aucunement se formaliser des folies de sa partenaire d'affaires.
Même le narrateur du film, Édouard Baer, est perdu. En effet, il se contredit, se reprend, est hésitant. On en vient donc à se demander où se situe la part de réalité dans ce rêve éveillé...
Pour les amateurs du genre seulement. J'en connais qui ont utilisé le fast-foward. Pas moi, mais je n'ai rien compris pour autant. J’ai décidé de voir ça comme un hommage d’un cinéaste vieillissant à une forme d’art qu’il a contribué à transformer.
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