(si vous n'avez pas vu le film, il se peut que je vende un punch ou 2)
Allez le voir et on en reparle.
Le film Un prophète est l'exemple parfait de la pertinence du questionnement sur le bien-fondé de la prison comme punition, surtout aux petits délits. En effet, après avoir agressé un policier à l'arme blanche, un jeune homme d'origine arabe est condamné à 6 ans de prison. Au départ renfrogné, illettré, le dos courbé et rasant les murs, le jeune homme va évoluer tout au long du film. Au même rythme que son ascension vers le pouvoir, le langage corporel du jeune homme va changer, ses gestes seront plus assurés, son regard, plus dur. Le changement s'effectue subtilement, je ne dirais pas en douceur car c'est un mot qui n'a pas sa place dans ce film, mais ce Malik comprend et apprend vite la façon de fonctionner et sait voir venir les situations, problèmes, alliances probables. Il va même jusqu'à les provoquer.
Au départ protégé par les Corses (protection qu'il a payé cher), Malik réussira à se servir de ce qu'il apprend avec eux (il étudie même leur langue) pour mettre sur pied un immense réseau dont il désire être le chef.
Mais Malik semble souvent se laisser porter par les situations, observant, se faisant le valet du roi, constamment persécuté, parfois persécuteur. En fait, on se demande souvent si il a réellement tout prévu, son ascension vers le pouvoir semblant être guidée par des inscincts que lui-même ne contrôle pas.
Tous ces éléments en font un film fascinant à tous points de vue. Très cru, sans fioritures (sauf quelques scènes oniriques particulièrement réussies, celles-ci nous permettant de respirer un peu, voire de nous arracher un sourire), pratiquement sans femme, le film est d'une beauté inexplicable. Parsemé de quelques moments de grâce, quelques instants de liberté qui prennent un sens insoupçonné, le film est vraiment une oeuvre que l'on a l'impression d'être particulièrement réaliste.
Il est à noter qu'Audiard filme ses deux acteurs principaux de très près, donnant une grande importance à un regard de côté, un mouvement brusque. Les deux acteurs en question sont tout bonnement extraordinaires. Niels Arestrup est très crédible dans son rôle de vieux chef de bande sur le déclin. Et le jeune Tahar Rahim crève littéralement l'écran. Il a d'ailleurs gagné les césars du meilleur acteur et du meilleur espoir masculin (je ne crois pas que c'était déjà arrivé).
Enfin, un très grand film, qui nous ''scotche'' à notre siège, et auquel on repense longtemps après la projection.
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