vendredi 2 décembre 2011

La piel que habito - Un très bon Almodovar

Encore une fois, Almodovar réussit à surprendre. Par contre, point de mélo ici, plutôt une pure et totale originalité. Aussi, on peut y voir un véritable hommage au cinéma, de la part d'un homme qui s'y connaît.

En fait, il s'agit de l'histoire très sombre d'un médecin qui tente de se venger en effectuant des manipulations génétiques sur un cobaye en lui redonnant les traits de sa femme perdue. Il habite dans une immense maison avec sa 'servante' et ce cobaye qu'il épie en tout temps grâce à un ingénieux système de caméras. On peut difficilement en dire plus sans vendre des punchs importants et jouissifs...

Ce film pourrait être analysé de mille façons. D'abord, il m'apparaît clair que le cinéaste rend ici hommage au film Les yeux sans visage, de George Franju, considéré comme l'un des premiers films d'épouvante. À cause de la distanciation créée par les caméras de surveillance (c'est-à-dire que le cinéaste nous indique constamment que nous sommes au cinéma), on pense à Peeping Tom, de Michael Powell, un classique du genre, et à Body Double de Brian de Palma (en fait, toute l'oeuvre de ce cinéaste fait état de l'aspect factice du cinéma, nous renvoyant à tout coup à notre propre réalité de spectateur).

Hommage au cinéma, donc. Plusieurs clins d'oeil et citations, mais aussi hommage au médium comme tel, à la caméra et aux spectateurs, ces éternels voyeurs qui épient les personnages par le trou de la serrure en voulant toujours plus de détails croustillants.

La Piel que habito est un film clinique et assez froid, sauf que tous les personnages atteignent un niveau de folie tel que cela dépasse l'entendement et le réalisme, Antonio Banderas en tête, lui qui trouve enfin ici un rôle à sa mesure. Aucun personnage n'est sain d'esprit, et cet état de fait donne lieu à des ruptures de ton totalement décapantes tout au long du film. Tout est donc permis, et ainsi, toutes les folies deviennent bizarrement crédibles.


Le film, adapté du livre Mygale, de Thierry Jonquet, est à l'image de son personnage principal: fou, froid, radical, fascinant et choquant à la fois tout en ayant, de façon indescriptible, quelque chose d'attachant.


En fait, Almodovar parvient ici à se réinventer tout en revenant à ses premières amours. Selon le moment du film, on vogue à travers nos souvenirs de ses propres films et l'inventivité dont Almodovar fait preuve dans ce fillm particulier, tant du point de vue de l'esthétique que de celui du scénario. On pense, pour l'aspect original et farfelu, à ses premiers films, comme La loi du désir ou Talons aiguilles. Mais aussi, on se dit que l'on est devant l'oeuvre d'un grand maître, qui est en total contrôle de son médium.

La piel que habito est un mélange de drame d'horreur, de film romantique et de thriller psychologique. Sa grande qualité est selon moi de nous forcer, à travers tous ces genres cinématographiques, à nous questionner en tant que spectateur. Sommes-nous ici les cobayes, devons-nous nous mettre à la place de Vera Cruz (d'ailleurs le titre d'un vieux western américain)? Sommes-nous plutôt le bourreau, le savant fou qui va toujours plus loin dans l'expérimentation et dont les agissements sont de moins en moins éthiques? Je pencherais plus de ce côté... Je crois qu'Almodovar tente de nous faire prendre conscience du fait que les limites peuvent être dépassées, mais qu'on le fait à nos risques et périls, qu'il soit question d'enjeux de société ou du médium cinéma.

Quoi qu'il en soit, on se rappellera longtemps des deux derniers mots du film...

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