Film bouleversant de Mark Romanek, qui nous avait donné le très particulier One Hour Photo, avec Robin Williams, Never Let me Go vous laissera pantois. L'histoire, adaptée d'un livre de Kazuo Ishiguro, est extrêmement dérangeante dans ce qu'elle reflète les délires que les avancées technologiques pourraient engendrer. En effet, les trois personnages principaux, qui évoluent à la même époque que la nôtre mais dans un monde légèrement différent, sont en fait des clones créés uniquement pour donner, à l'âge adulte, leurs organes dans le but de sauver la vie de 'vrais' humains.
Dès l'enfance, ces 'produits' sont conditionnés, leur cerveau lavé, leur vie tracée. Ils sont élevés dans une genre de pension, complètement coupés du monde, où certaines expériences sont effectuées sur eux. Le seul problème, c'est que contre toute attente, ces clones ont développé ce que nous pourrions appeler une âme. Ils ont tous une personnalité distincte, éprouvent des sentiments, certains ont même un tempérament artistique.
Devenus adultes, les personnages, interprétés par Carey Mulligan (que l'on a vu dans An Education, et qui vole ici la vedette par la subtilité de son jeu), Andrew Garfield (touchant dans ce rôle d'hypersensible) et Keira Knightley, forment un genre de triangle amoureux. Lorsqu'ils sont transférés dans l'endroit où ils attendront le jour fatidique de leur première 'donation', ils sont pour la première fois en contact avec le monde extérieur, avec la vie. Cette confrontation fait naître en eux des émotions intenses, et ils prennent conscience, en quelque sorte, de tout ce qu'ils ne pourront accomplir.
Sans aucun effets spéciaux mais baignant dans une ambiance très particulière, brumeuse, le film donne plutôt dans la suggestion, ce qui le rend encore plus bouleversant. On est immanquablement touchés par le triste destin de ces trois jeunes, qui sont condamnés à la mort alors qu'ils sont à l'orée de la vie, tout ça pour en faire vivre d'autres. Ils cheminent dans ce décor tels des fantômes, maigres, translucides, soumis.
Tout au long du film, on se demande pourquoi ils acceptent leur sort. Comment, en étant conscients de leur situation, peuvent-ils rester dans cette maison glauque et attendre que l'on vienne les chercher. En fait, le film ne tente jamais de nous expliquer quoi que ce soit. Nous ne savons pas ce qui leur arriverait s'ils se sauvaient, nous savons seulement qu'ils sont confrontés à des sentiments qui les dépassent, et qu'ils n'ont pas la possibilité d'échapper à leur sort.
Autre point positif, on échappe ici totalement à la finale moralisatrice de tant de films de science-fiction américains. Au contraire, il propose un réel questionnement éthique, qui a de quoi alarmer.
À voir, pour le jeu de Carey Mulligan, pour l'apparente authenticité de leur désarroi et pour le scénario, qui nous offre un reflet de notre époque plutôt dérangeant. Car le film se déroule dans des décors qui sont les nôtres, comme si les atrocités commises se produisaient sous nos yeux, et que nous ne faisions rien pour les empêcher, laissant ces jeunes porter le poids de notre survie.
Dans le même genre, louez-vous Gattaca, aussi très inspirant, mais moins touchant...
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