L'instinct de mort, le premier des deux films retraçant le parcours 'professionnel' de Jacques Mesrine, est selon moi le meilleur film du dyptique. Bien qu'il nous manque plusieurs éléments qui nous auraient permis de mieux cerner ce personnage hors du commun, le portrait est fascinant.
Inspiré de deux livres écrits par Mesrine lui-même, il est au départ difficile de comprendre les raisons qui poussent ce fils de bonne famille à tant de délinquance. Est-ce une rage intérieure? Un profond besoin de confronter l'ordre établi? Est-il psychologiquement blessé par son séjour en Algérie? Difficile à dire. En fait, d'après le portrait qui nous est donné voir, il semble que ce soit plutôt par hasard que Mesrine est devenu ce gangster si étonnant. Il s'est rendu compte que réussir des coups était extrêmement facile pour lui, probablement grâce, entre autres, à son intelligence visiblement supérieure à la moyenne.
D'ailleurs, il est clair qu'il possédait ce fameux instinct de mort, ou en tout cas il appréhendait la vie de façon très particulière, en n'acceptant de faire aucune concession, et en éliminant les barrières qui se trouvaient sur son chemin.
On assiste donc à l'auto-construction du personnage de gangster sans scrupule, qui berne les autorités sans crier gare, et qui braque une banque après l'autre sans la moindre parcelle de peur.
Très tôt, Mesrine se prend pour un Robin des bois nouveau genre, qui se targue de ne voler qu'aux riches. De plus, il tente de nous faire croire qu'il restecte les femmes au plus haut point - jusqu'à ce qu'elles ne soient pas d'accord avec lui... Comme lors de cette scène très dérangeante lors de laquelle il plante un revolver dans la bouche de sa femme qui lui demande de quitter cette vie. Il semble par contre très amoureux de Jeanne Schneider (Cécile de France), avec qui il s'exile au Québec. La portion du film qui se déroule au Québec s'avère d'ailleurs intéressante, ainsi que sa rencontre avec Jean-Paul Mercier (Roy Dupuis), qui deviendra un fidèle allié et avec qui il élaborera un plan improbable et pourtant bien réel pour s'évader de prison.
La reconstitution d'époque est très réussie, et Vincent Cassel parvient à rendre le charisme électrisant que devait dégager cet homme. Par contre, le fait de ne pas comprendre les motivations intrinsèques de Mesrine ont fait que je suis restée sur ma faim. Le réalisateur, Jean-François Richet, a-t-il voulu rester impassible devant ce personnage et éviter de le juger? Est-ce pour cette raison qu'il ne tente jamais de comprendre, d'interpréter, d'analyser son 'héros'? Probablement, mais en faisant cela, il crée avec les spectateurs une distance, nous empêchant de nous identifier à l'un ou l'autre de ses agissements ou motivations.
Dans L'ennemi public numéro 1, le personnage que s'est construit Mesrine a pris de l'ampleur, dans tous les sens du terme. Non seulement il est de plus en plus mégalomane, mais également plus baveux envers les autorités, plus violent, ses coups sont plus importants, et ses aspirations beaucoup plus grandes. En fait, Mesrine est devenu un homme imbu de lui-même et dangereux, capable de passer en quelques minutes d'un état de gentillesse absolu à celui d'un être menaçant, brute et extrêmement angoissant - voir la scène avec la journaliste, très bien construite, au cours de laquelle on voit le visage de la femme changer à mesure des réponses que lui donnent Mesrine.
Mesrine semble ici avoir beaucoup changé, peut-être à cause de ses passages en prison, mais probablement plus à cause de l'attention médiatique dont il fait l'objet depuis plusieurs années. Il recherche maintenant cette attention, et ne semble plus pouvoir s'en passer. Mais gare à ceux qui oseront dire du mal de lui - autre scène pour le moins dérangeante avec un pauvre journaliste. Il n'est plus question ici de comprendre ses motivations de départ, seulement d'admirer le travail d'un acteur qui réussit à faire passer la moindre modification caractérielle en un clignement d'oeil. D'ailleurs, Cassel est carrément hallucinant dans la peau du gangster, arrogant à souhait, complètement transformé physiquement mais tout de même extrêmement subtil dans son jeu.
Mesrine vit désormais avec Sylvia (Ludivine Sagnier), et s'est trouvé un nouvel allié en François Besse, avec qui, oh surprise, il s'évadera de prison. Mais même Besse peine à suivre Mesrine, qui semble se perdre dans ses désirs de popularité, mené plutôt par son arrogance que par un réel désir de changer les choses. Le film marie bien quelques épisodes comiques (la visite du poste de police, le discours devant le juge, etc.) et les passages très sombres (la solitude qui accable Mesrine, ses excès de violence) de la vie de Mesrine.
Ce film est moins enlevant que le premier, mais une chose est certaine, on ne s'ennuie pas une seconde dans l'un ou l'autre. Et si vous ne les avez pas vus, louez-les tous les deux le même soir...
Enfin, soulignons seulement que les deux films sont différents dans le fond plus que dans la forme. Alors qu'on avait affaire dans le premier film à un jeune homme plein de projets, cabotin et aux idées percutantes pour l'époque dans laquelle il vivait, le second volet brosse le portrait d'un homme revenu de tout, que la désillusion a rendu progressivement dangereux. La violence qu'il avait en lui dans la premier film était contenue par un désir de faire le bien, par une forme d'autocensure. Dans le second, Mesrine est mû par la violence de ceux qui n'ont plus rien à perdre, mais qui sont bien décidés à passer à l'histoire, coûte que coûte.
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