D'abord, je veux seulement prévenir les gens qui n'ont pas vu le film que je donne pas mal d'informations. Au pire, vous reviendrez lire après avoir vu le film.
Par où commencer pour parler de ce film? Peut-être par le profond malaise qu'il a suscité chez moi, malaise qui ne s'est estompé qu'environ 24 heures après avoir quitté le cinéma. Selon moi, le film de Darren Aronofsky est totalement réussi, et s'inscrit de belle façon dans la continuité de la démarche artistique de ce cinéaste, qui s'approche de la totale maîtrise de son art (À voir: Pi, Requiem for a Dream, The fountain - que j'avais adoré malgré de mauvaises critiques, The Wrestler).
On assiste donc ici à la descente aux enfers d'une ballerine (Nathalie Portman, seule véritable candidate aux oscars) qui se voit offrir le rôle double du Black swan/white swan du fameux Lac des cygnes, ce qui représente la consécration totale pour une danseuse classique. Mais la pression engendrée par ce type de rôle et ce qu'il représente pour une carrière a raison de l'équilibre mental de la jeune femme, auparavant pourtant d'apparence très terre à terre (trop?).
Mais on peut aussi adopter un autre point de vue, et lire le film en fonction de l'histoire même du ballet Le Lac des cygnes, dont le scénario reprend beaucoup de thèmes centraux, dont l'idée du double, au centre du film (on ne compte plus les miroirs, qui sont présents dans presque tous les plans). La double personnalité, la double identité, le double personnage, la double histoire. Ainsi, le cygne blanc du début du film, personnage tout en retenue qui n'ose pas parler, ni dire son opinion, qui chuchotte et se cache des projecteurs et qui, par-dessus tout, est encore traitée par sa mère comme si elle avait 4 ans (immense malaise) est confrontée à son cygne noir, sorte de pendant obscur de sa personnalité.
D'ailleurs, sans aller trop loin dans l'analyse (on aurait pu y passer de nombreuses heures), il est clair que l'on pourrait se pencher sur le point de vue psychanalytique de l'idée du double. Par exemple, Otto Rank (Don Juan et le Double) soulignait que "L'existence d'un moi opposé au diable recèle beaucoup de complexité. C'est un double chargé de tous les vices et turpitudes de son modèle, et qui lui permet d'appréhender la réalité dans la répétition infinie d'une jouissance. En fait, la présence du double se manifeste chaque fois que la conscience se voit surprise à manquer au contrôle sévère qu'elle doit exercer." Ça vous rappelle quelque chose?
Suivant cette analyse, on remarquera que le cinéaste a tout fait pour que l'on voit en Lily (Mila Kunis), une danseuse nouvellement arrivée dans la troupe, plus ou moins rebelle, tatouée, dégourdie et spontanée dans sa façon de danser et à la sexualité épanouie, le double de Nina (Portman), son cygne noir. En effet, à la manière de Bergman dans Persona, Aronofsky s'amuse souvent à confondre leurs visages avec plusieurs effets d'éclairage. On en vient à se demander si ce personnage n'est pas en fait le produit de l'imagination de Nina, qui n'est pas, disons-le, à une hallucination près...
Mais pour moi, le trouble mental de plus en plus apparent de Nina est beaucoup relié à sa relation extrêmement malsaine avec sa mère qui, en abandonnant sa carrière de ballerine pour donner naissance à sa fille, a transposé sur elle tous ses rêves, mais surtout toutes ses obsessions. Elle la déifie tout en l'infantilisant et peint sans arrêt son visage en pleurant (!). Elle la couve maladroitement de façon compulsive.
Comme Lily, la mère est toujours habillée en noir. Je me suis donc aussi demandé, à un moment, si ce personnage n'existait pas seulement dans la tête de Nina, et ne faisait pas partie de la création du personnage du cygne noir...
Autre personnage hyper intéressant et également profondément dérangeant, le rôle du chorégraphe, interprété par Vincent Cassel. Seule figure masculine du film, complètement vénéré par tout un harem, il profite de sa position (de père?) pour pousser Nina dans ses derniers retranchements.
En fait, Nina se transforme tranquillement en animal. Elle devient, physiquement et mentalement, cet animal que tous lui demandent d'incarner avec vérité. Et on y croit, surtout grâce à l'actrice, dont la transformation est extraordinaire. En effet, à mesure que changent sa voix, son regard, son corps et ses gestes, son état mental se détériore...
Un petit mot, finalement, sur l'aspect visuel, très intéressant. Aronofsky a presqu'entièrement filmé caméra à l'épaule, ce qui donne une impression de vertige qui permet encore plus l'identification avec le personnage. Il a aussi filmé son actrice en gros plan, pour qu'ainsi les moindres détails de sa transformation nous soient perceptibles.
Je n'en dis pas plus, mais vous aurez compris qu'un film qui fait réfléchir à ce point ne peut que nous laisser un souvenir indélébile, dont on n'est pas trop décidé à savoir si on veut s'en débarrasser ou non...
Dernière chose, au début du film, Nina raconte un rêve à sa mère, qui raconte le film en entier... Tout cela ne pourrait-il être qu'un rêve?
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