vendredi 29 octobre 2010

Dans ses yeux, vivre sans celui ou celle qu'on aime

Film argentin récipiendaire de l'oscar du meilleur film étranger en 2010 et réalisé par Juan José Campanella, Dans ses yeux (El secreto de sus ojos) est un objet un peu étrange qui exerce une fascination grandissante sur le spectateur.

En fait, l’enquêteur (? – son métier est un peu difficile à définir) Benjamin Espósito (joué par Ricardo Darín) fut, au début de sa carrière, aux prises avec une affaire de meurtre sordide qui le touche particulièrement et qu'il ne parvient jamais à oublier, l’histoire n’ayant jamais été résolue. Une jeune femme avait été sauvagement assassinée, et son mari tellement atterré que son chagrin avait poussé Esposito à investiguer sans relâche, allant peut-être trop loin dans ses recherches...

25 ans plus tard, alors qu'il s'apprête à écrire un livre à propos de cette affaire, les souvenirs reviennent à la surface. Il se remémore avoir été touché par l'amour que cet homme portait à sa femme, et cela le ramène à l'amour qu'il éprouvait (et éprouve encore aujourd’hui) pour sa collègue de travail, amour dont il est passé à côté pendant toutes ces années, n'osant, pour d'obscures raisons, lui déclarer sa flamme. Le sentiment de culpabilité qu’il éprouve face au souvenir de son meilleur ami, assassiné alors qu'il se faisait passé pour Esposito, véritable cible des meurtriers, de manière à lui sauver la vie, le pousse également à retourner les pages du passé pour tenter de lire entre les lignes pour comprendre. Mais les souvenirs sont-ils réels? Romancés? Fantasmés?

Une chose est sûre, la réalité le rattrape lorsqu'il découvre de nouveaux éléments qui lui permettent enfin de suivre une piste. De comprendre cette histoire et la façon dont elle s'est terminée lui permet, enfin, de faire le point sur sa propre vie, et sur sa propre compréhension des choses.

Au départ, les fréquents vas et viens entre les deux époques sont perturbants, d'autant plus que c'est plutôt verbeux et que l'on ne comprend pas trop les relations entre les personnages, ni d'ailleurs les rouages du système judiciaire argentin. Mais on embarque je dirais au bout de 20 minutes, et tentons, comme le personnage principal, de voir clair dans une histoire de meurtre sordide. De plus, les flash-back nous donnent une idée du climat un peu glauque qui régnait en Argentine dans les années 70.

Finalement, le film nous reste en tête, et ces histoires d’amour qui n’ont finalement jamais eu lieu (entre Esposito et sa collègue, entre le mari et sa femme morte trop jeune) sont extrêmement touchantes. Jusqu'à la toute fin, nous cherchons, comme Espósito, à comprendre. Et bien que cette fin soit la plus 'logique', je vous mets au défi de la découvrir avant lui.

Vraiment un film à voir, pour le scénario, très original, qui ne réinvente rien mais qui touche profondément par son intelligence.

Une superbe fable sur la perception de la vérité, le destin et, à coup sûr, l'amour.

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